J’étais une boule de rage et de rancoeur cachée derrière une sourire excessif et une cape de sauveuse incapable de dire non et cherchant à se rendre utile à outrance. Tantôt je pensais avoir tout compris à la vie et je voulais changer tout le monde, tantôt je me sentais perdue, pleine de doutes et je voulais disparaitre pour ne plus ressentir cette angoisse profonde et cette incapacité à trouver ma place.
Avec les autres, je me voulais bonne, aimante, gentille, courageuse, attentionnée. En réalité, j’étais pigée dans un rôle inconscient que je pensais être mes traits de caractère : envahissante, prolixe, je sais tout, rebelle, clown, sans-gêne, donneuse de leçon et organisatrice à tout prendre en main et diriger tout le monde. Mes amies n’étaient pas dupe mais ne disaient rien…
Chaque rencontre avec un autre être humain était un supplice inconscient. D’abord pleine de jugements sur les autres, ravie quelque part de les trouver moins bien que moi, je me sentais également angoissée certaine d’être jugée et rejetée. La plupart du temps je trouvais des excuses pour éviter de sortir ou, j’envoyais un sms après a sortie pour vérifier que je n’avais pas dérangé, dit ou fait quelque chose « qu’il ne fallait pas ».
Finalement, j’étais mieux isolée à vivre ma vie par procuration devant mon poste de télévision et ses séries, à remplir le vide par la nourriture, les occupations domestiques ou professionnelles. Ces doudous m’évitaient de sentir ce que je ne voulais pas être. Epuisée dès le milieu de la journée, je n’avais aucune énergie pour prendre soin de moi le soir. J’évitais mes enfants pour ne pas trop les abimer et je déprimais de ne pas avoir assez de temps avec eux, de ne pas être là. Surtout, je triais ma maison de façon obsessionnel comme si ça pouvait enlever par la même occasion tout le sombre et le douloureux que je sentais en moi. Pourtant le désordre revenait toujours. Je voulais changer, arrêter, empêcher, « nettoyer » en moi ce que je pensais être mauvais et inutile. Mais plus je voulais changer, plus mes « défauts » et mes problématiques s’amplifiaient…
Après avoir perdu de vue ma soeur devenue SDF après avoir fait tous les mauvais choix de vie pour elle-même, après des années de conflits avec mes parents et d’incessantes disputes de couple, après un burn out et une incapacité à reprendre un job pour lequel j’étais super douée mais qui n’avait plus aucun sens pour moi et déclenchait des angoisses étouffantes, après une naissance hémorragique par voies basses d’un bébé de 4,6 kg suivi d’une tumeur de 7 cm diagnostiquée 4 mois plus tard, j’ai voulu comprendre. Quel sorte de Dieu ferait un monde si parfait et merveilleux pour qu’on vienne autant s’y faire chier ?
J’étais convaincue que quelque chose nous échappait à tous. Que tout ce bazar devait être une sorte de message codé à comprendre, un truc tout simple qui pourrait tout changer. Alors j’ai enchainé les lectures, les vidéos Youtubes, les séances de thérapies les plus ésothériques, les formations et les stages. Je cherchais des réponses, quelqu’un qui aurait enfin la vérité, la pièce de puzzle clé. Mais à chaque fois, il manquait quelque chose : une limite au système, des cas qui n’entraient pas dans les cases. A chaque fois, il restait de la souffrance, du malheur, du jugement et si peu de temps pour vivre. « Le travail n’est jamais terminé, ça peut prendre plusieurs vies ! » était la phrase qui m’énervait le plus…
Après chaque enseignement, je repartais avec de nouvelles théories, de nouvelles pratiques à exercer qui me demandaient des efforts supplémentaires, de nouveaux possibles et de nouveaux impossibles aussi. Après chaque enseignement, j’aimais de nouvelles parties de moi et j’en rejetais de nouvelles.
Derrière ces idées si humaines de karma fatal, d’acceptation et de renoncement, je sentais qu’on cherchait à me résigner… C’était contre ma nature. Je voulais aller bien et je savais que c’était là, tout près…
On passe à côté d’un truc important… ça n’a pas de sens cette souffrance, il doit y a voir une bonne raison qu’on ne voit pas et c’est pour ça que ça continue… Je sentais la possibilité d’une vie joyeuse et sereine, d’une unité possible à l’intérieur comme à l’extérieur. Une vie était accessible, ici et maintenant. Il faut que je trouve la clé… Cette pensée était obsédante et je ne parlais plus que de ça.
Je me voyais essayer de changer, sans jamais tenter de me comprendre. Je voulais aimer les autres et leurs défauts tout en jugeant toujours les miens. Je les laissais être eux-mêmes sans me laisser être moi. Je me voulais apporter aux autres ce que je désespérais de recevoir…
Et si c’était ça ? L’intérieur se projette à l’extérieur… alors la souffrance serait uniquement intérieure ?…
Heureusement, ma mère médecin et thérapeute m’avait permis de grandir dans l’idée que le corps est le lien à l’esprit et parle pour lui. Après avoir fait des changements dans ma vie qui avaient conduit à la résorption de ma tumeur en quinze jours seulement après la première chimio que j’avais acceptée par peur, j’avais commencer à croire que la maladie était peut-être un appel à l’aide de l’âme ou l’enfant intérieur à travers mon corps. J’ai alors décidé de commencer une formation en somatotherapie. Il était hors de question que cette tumeur revienne par mon manque de conscience.
Soma, le symptôme. Utiliser les symptômes comme des portes d’entrée, des outils pour atteindre le coeur du problème. Je pensais enfin nettoyer ma colère et ma peine et tout ce qui allait mal dans ma vie. Les enlever. En séance je m’énervais, je tapais sur des coussins, mais ça ne changeait rien. Je rentrais à la maison et tout revenait aussi sec. Et un jour, j’ai contacté une sensation désagréable. Comme un truc noir, visqueux, collant, envahissant qui semblait me coller à la peau. J’ai voulu à nouveau l’enlever. « Oui, enlever c’est ce que tu fais d’habitude. Mais cette fois, laisse faire. Plonge dans cette sensation ». Quelle nouille, c’est du sadisme ! Docile, j’ai obtempéré en silence. Je n’avais plus rien à perdre. Sentir… sans juger, sans guérir. Juste laisser faire le corps. J’ai laissé monter cette angoisse à son maximum. C’était comme se noyer, de tomber d’une falaise ou dans des sable mouvants qui me prenaient à la gorge… Insupportable… J’ai laissé jaillir un cri et des sanglots.
Et là, tout à basculé. Evidemment, j’ai survécu : ce n’était pas réel, juste des sensations… Et tout avait changé : la peur n’était plus là, je l’avais traversé et j’étais toujours en vie. Cette thérapeute avait accueilli ma sensation sans la juger, l’expliquer ni même m’en protéger ou vouloir que j’en fasse quelque chose et j’avais pu la vivre pleinement. L’émotion avait émergé comme une bulle coincée et elle s’était dissipée. Et j’allais bien ! Enfin !J’ai senti une nouvelle ressource prendre place en moi – la joie, la force, je ne sais plus – et se déployer en moi en quelques seconde sans effort. Incroyable. Sous ma colère, il y avait donc une peur bloquée et lui laissant l’espace, elle avait pu s’ex-primer et disparaitre… et ma colère protectrice avec elle. Le problème n’existait plus et j’avais retrouvé mon centre, mon axe, celle que j’étais sans cette peur.
Et si ça marchait pour tout ? Si toutes mes réactions dans tous les domaines, tout ce que je rejette, tout ce qui bloque ou m’énerve étaient l’indice d’une part de moi étouffée qui demandait à être entendue ? Si mes émotions étaient le signe d’un blocage suite à un traumatisme inconscient de l’enfant-moi ?
Alors je suis passée à l’action. Je suis venue vivre ça dans chaque recoin de ma vie. J’en sortais tous les mois puis toutes les semaines puis toutes les jours. A chaque sensation désagréable, je prenais rendez-vous et je plongeais dedans. Je venais contacter l’enfant intérieur, reconnaitre ses peurs, ses douleurs et rendre les croyances qui ne lui appartenaient pas . A chaque maladie, dépression, addiction, haine, conflit relationnel, culpabilité, honte, peur, incapacité à dire non à prendre une décision, je découvrais à chaque fois une nouvelle part de cet enfant intérieur terrifié ou la réaction de défense instinctive d’une de mes parts gardiennes.
Puis je suis allée voir tous les objets de ma maison que je gardais, tous mes vêtements, mes souvenirs. Tous les sujets de discorde avec toutes les personnes que je connaissais y compris celle du passé. Tout ce qui me faisait réagir de façon agressive avec mes enfants, mes parents, mon conjoint. J’ai fait le tour de tout. Et c’était la même chose pour tout. Un appel à l’aide. A la fin, je prenais même le lead dans les séances où les thérapeutes voulait me forcer à ressentir autre chose ou me protéger de ce qui montait en moi.
Mon corps est un décodeur. Mes émotions et sensations, une langue des signes entre mon âme/mon enfant intérieur et mon esprit adulte. Un indice pour découvrir mes conditionnements passés et me libérer enfin.
J’ai réalisé que je n’avais pas d’égo. Juste un bébé intérieur vulnérable et innocent qui avait besoin d’être entendu et aimé. Cet Etre avait eu si peur des réactions autour de lui que, pour se protéger, il avait du créé une part « adulte » : un personnage qui correspond aux attentes, un masque qui faisait taire son naturel, pour éviter la violence (reproches, critiques, punition, fessées) et se sentir accepté pour survivre.
C’était comme une Part Gardienne instinctive, dotée de toutes les réactions admises par son environnement. Elle était sur la défensive, rigide et excessive. Elle manquait de souplesse, comme une armure métallique. Elle réagissait comme si tout était toujours la même situation qui se revivait pour étouffer les peurs et les élans naturel de l’enfant… Et parfois, à force de trop faire taire, tout explosait, sur mes proches de préférence…
Nous avions tout compris de travers : il n’y avait rien à enlever ni à changer simplement à laisser être, émerger, pour traverser cette peur de ne plus être aimé. Car l’enfant-moi n’a plus besoin de ses parents maintenant. Je ne pouvais pas faire taire ma Part Gardienne tant que les peurs étaient toujours là. Mais si je me laissais parler en séance, rire ou parler au thérapeute de lui, je me coupais de mon ressenti et donc du chemin d’accès à la sortie.
A mesure que j’ai avancé sur ce chemin, ma vie s’est transformée. Mes excès ont disparu les uns après les autres : la rage, les addictions, les mots. Progressivement, je n’ai plus eu besoin de rien, juste des envies : Respirer, gouter, me sentir vivre, écrire.
Chaque problème est devenu la promesse d’un nouveau cadeau, des indices, les morceaux d’une carte au trésor. Chaque rencontre, chaque expérience, est une aventure. Le suspens de l’instant présent est devenu mon adrénaline et ma vie la meilleure des séries télé. A chaque peur recontactée, l’enfant-moi reprend ses droits. J’ai récupéré ses ressources cachées, juste au-dessous des peurs. Le chemin en colimaçon me conduit toujours plus en centre, vers qui Je Suis.
Aujourd’hui, je suis capable de m’adapter à chaque situation. Je n’ai plus peur de rien ou alors un bref instant, comme un souvenir. Je suis transparente et je peux parler de tout sans me cacher. Je n’ai plus d’attente sur aucun résultat et les choses se mettent en place naturellement. Ma maison est rangée mais elle n’a plus besoin de l’etre. Je fais le métier que j’aime, à mon compte et je n’ai pas peur de ne pas être salarié. Je ne veux plus rien prévoir car la vie prévoit toujours mieux à ma place. Tout se fait littéralement sans effort : s’il y a un effort, c’est que je suis en train de commencer une nouvelle carte au trésor.
Il n’y a plus de méchant autour de moi ni d’égo simplement des enfants intérieurs en souffrance qui appellent à l’aide. Plus de mental à faire taire mais des parts gardiennes qui veulent me protéger. Plus besoin de forcer ou lâcher prise, simplement aimer et accueillir.
Ma formation s’est changée en vocation. Je n’ai plus besoin de sauver, de guérir, de savoir pour l’autre ni même d’aider. Je sais que ce que vivent les gens sont précisément le chemin. Il s’agit simplement de les accompagner pour les aider à contacter le coeur de leur être qui s’exprime à travers leur vécu. Il
J’ai la particularité de me souvenir de toute mon enfance et toute celle des mes enfants. Le langage de l’enfant intérieur est pour moi une seconde nature. Je vois ce que vous juger et interprétez à tort. J’entends l’autre version, l’appel à l’aide à l’intérieur. C’est ainsi que je peux l’aider à lever le voile qui vous sépare de lui pour qu’émerge la douleur qui a tant besoin d’être entendu et non censurée. La somatothérapie et toutes les autres formations que j’ai faites ces dix dernières années m’offre toutes les ressources nécessaires pour permettre à l’enfant de jaillir et de s’exprimer à travers le corps quels que soit son langage ou son silence.
C’est ma compétence : pour chacune de vos problématique je sais rencontrer la part de vous qui a souffert. Surtout quand vous pensez que c’est impossible, que vous avez une part d’ombre contre laquelle vous devez lutter ou qu’une part de vous qui tente de vous saboter : non. Votre corps, votre part gardienne est en train de tenter de vous protéger simplement vous ne comprenez pas de quoi, vous n’avez pas accès parce que ça fait partie de vous depuis toujours. Pourtant, une fois cette peur levée, tout s’arrêtera sans effort.
La fin d’un monde

J’ai eu cette sensation de fin du monde. C’était l’apocalypse, j’avais « levé le voile ». Je devenue capable de sortir de l’illusion à la demande et d’aider les autres à en sortir aussi (je suis même incapable d’y retourner et de croire encore à nos jeux de rôle et de reproches). Je peux aider à transformer leur souffrance en compréhension et en amour d’eux-mêmes. Magique !
Pourtant je ne suis ni magnétiseuse, ni guérisseuse, ni clairvoyante, ni médium, ni rien. Et j’étais même incapable de méditer. J’étais juste un être humain normal avec tous ces problèmes et ce sont précisément mes problèmes et mes réactions inadaptées qui m’ont permis de comprendre celles des autres et de pouvoir les accompagner sans jugement.
Je suis arrivée à la fin du niveau 1 : la fin de la souffrance et des limites. Et j’entre dans le niveau 2 : sentir qui je suis et créer naturellement ma réalité dans le monde tel qu’il est… Et aujourd’hui, il n’y a qu’une seule réalité que je souhaite créer, une seule chose qui me fasse vibrer : amener tout le monde au niveau 2 avec moi…
Lever le voile définitivement partout et pour tous. Montrer que la porte de sortie de l’enfer est la même que la porte d’entrée si on accepte de faire le chemin retour. Comprendre que je n’ai rien de mauvais donc que les autres non plus. Sentir que ce que je crois être un feu dangereux en moi est une énergie de vie qui est restée condensée trop longtemps. Ce que je pense être une bombe intérieure est simplement un barrage qui a besoin de lâcher dans un émotion excessive une fois, pour retrouver le cours naturel de la rivière. Ce que je pensais être mourir me permet de renaitre de mes cendres, comme un Phénix. Aider à voir qu’il n’y a pas de karma, mais des peurs qui attirent à elles ce qu’elles croient vrai. Traduire que tout ce qui se passe ici et maintenant est juste et a un sens !